Retour

Des opioïdes, mais pas de cannabis médical pour les travailleurs accidentés

Malgré le risque élevé de dépendance, il est beaucoup plus facile pour les travailleurs blessés de se faire rembourser des opioïdes que de la marijuana médicale.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

En Ontario, la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail (CSPAAT) refuse presque systématiquement les demandes de marijuana médicale, avec une exception pour les travailleurs atteints de cancer.

Une note interne révèle que la CSPAAT recommande qu’elle ne soit pas remboursée à cause de « preuves insuffisantes dans la littérature médicale ».

Pourtant, les travailleurs accidentés comme Robert Vachon ont peu de difficulté à se faire rembourser des opioïdes; dans son cas, du fentanyl.

Blessé au dos, l'ancien installateur de tuiles est confiné à un fauteuil roulant. M. Vachon affirme que, lorsqu'il était traité avec des opioïdes, il était fréquemment aux prises avec la dépression.

Puis, en dernier recours, il essaie la marijuana liquide, qui ne contient pas de THC, la substance psychoactive de la plante. Le lendemain, il marche à nouveau et ses douleurs disparaissent. « Je n'en revenais pas, j'ai retrouvé ma vie ».

Mais son nouveau remède lui coûte entre 400 et 500 $ par mois, une dépense inouïe pour quelqu’un qui vit sur l’assurance invalidité.

Coup de chance : une clinique juridique accepte de porter sa cause devant le Tribunal d'appel de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail.

Il s'agit d'un processus long et onéreux, mais qui porte fruit. Selon son avocat David Newberry, presque toutes les demandes soumises à ce tribunal, qui est indépendant de la CSPAAT, sont acceptées.

« Ça crée deux classes de travailleurs. Seuls ceux qui ont les moyens de se payer un avocat ou qui sont admissibles à l’aide juridique vont éventuellement obtenir gain de cause, mais ils sont peu nombreux à se rendre au bout du processus », explique-t-il.

Maurice Sagle fait partie de cette deuxième classe de travailleurs.

En 2016, une ferme de toit s'écroule sur l’ancien charpentier et écrase sa colonne vertébrale. Il subi d'importantes blessures.

Sa vie tranquille et recluse sur l’île Manitoulin dans le nord de l'Ontario est bouleversée. Incapable de travailler, mais aussi de chasser ou de couper son propre bois, il souffre de douleurs chroniques.

Son médecin lui prescrit de l'hydromorphone, un opioïde presque aussi puissant que l'héroïne, et une litanie de médicaments pour contrer les effets secondaires - adoucisseur de selles, somnifères, antidépresseurs.

« Les opioïdes sont des drogues cruelles. Plus on en prend, plus on en veut », dit-il. Comme Robert, il décide d’opter pour la marijuana liquide, mais la CSPAAT refuse de lui rembourser.

« Mon corps fonctionne de nouveau. Je peux dormir. Mes douleurs sont aussi moins intenses, mais ça coûte cher », déplore-t-il.

La CSPAAT n’a pas voulu nous accorder une entrevue. Dans un communiqué, une porte-parole précise que les demandes sont traitées aux cas par cas.

Le Québec, figure d’exception

Bien que légal depuis 15 ans, le cannabis médical n'est pas un médicament reconnu par Santé Canada, et n’est pas remboursé par les régimes d'assurances, sauf dans des cas exceptionnels.

Certaines provinces, comme la Colombie-Britannique et l'Île-du-Prince-Édouard, ne l’offrent carrément pas aux travailleurs accidentés.

Le Québec est plus flexible. Les travailleurs qui ont subi une lésion professionnelle et obtenu une ordonnance d’un médecin peuvent se faire rembourser par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité (CNESST).

Difficile de dire si la légalisation du cannabis aura un effet sur ces directives, puisque la question du remboursement pour des fins médicales ne figure pas dans la loi.

L’exemple des vétérans

Ce genre de système semble pourtant faire ses preuves auprès d’un autre groupe : les anciens combattants.

À l’instar des travailleurs accidentés, ceux-ci peuvent se faire rembourser leur marijuana médicale si elle est prescrite par un médecin.

Selon Anciens Combattants Canada, le nombre d’ordonnances d'opioïdes a diminué de 30 % en 2012 et 2017, tandis que le nombre de vétérans remboursés pour la marijuana médicale est passé de 68 à près de 7300.

En collaboration avec John Lancaster de CBC News

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York