CRITIQUE – Frank Sinatra, Elvis Presley, Barbra Streisand, David Bowie, Cher et Madonna ont tous été des interprètes de la chanson avant de faire du cinéma. Certains d'entre eux (Sinatra, Streisand, Cher) ont même remporté des Oscars pour des rôles d'interprétation.

En revanche, si le nombre d’acteurs et d’actrices qui ont tenté un virage musical a été considérable depuis 50 ou 60 ans, peu d’entre eux ont réussi à exceller à un haut niveau. Kiefer Sutherland, de passage au Club Soda vendredi soir, est au nombre de ces artistes qui tentent leur chance sur les planches depuis quelques années.

Pour son retour au Québec – il était venu en 2016 –, Sutherland avait dans ses fontes de cowboy un nouveau minidisque, Reckless & Me, paru plus tôt cette année. Il importe de préciser que le fils du légendaire acteur canadien Donald Sutherland est épris de musique country. Il avait lancé l’album Down in the Hole en 2016.

Kiefer ou Jack?

Les spectateurs venaient-ils applaudir le néo-chanteur ou voir de près Jack Bauer (24 heures chrono/24) ou le président Kirkman (Survivant désigné/Designated Survivor)? Remarquez, on peut poser la question à l’inverse : est que Sutherland s’est mis à donner des concerts afin d’avoir un contact personnel avec ses admirateurs (chose impossible à faire sur un plateau de cinéma ou de télévision)? Je l’ignore, mais il se donne à fond dans son nouveau… rôle.

Flanqué de deux guitaristes, un bassiste et un batteur, Sutherland s’est pointé sur scène avec un grand chapeau plat comme ceux que porte Bob Dylan et un veston léopard que n’aurait pas renié Keith Richards. Rapidement, on a constaté que le monsieur se défend honorablement avec une guitare dans les mains et que sa voix, vaguement graveleuse et un peu voilée, est adéquate. Quelques poses d’allégeance Springsteen avec sa guitare démontrent que l’acteur a bien fait ses devoirs, mais on ne l’accusera pas de mimétisme.

Sutherland compose ses chansons, ce qui est tout à son honneur. En revanche, c’est là que le bât blesse… On est charmé par la mélodie et les belles harmonies à trois voix durant I’ll Do Anything, mais des paroles du genre : « I’ll love you just the way you are/No, I wouldn’t change a thing/And If you’ll take me as I am girl/I’ll do anything. » Ouf!

Oui, oui… Je sais. La musique country, parfois, a le mérite d’être franche, directe et pas compliquée pour un sou. Comme la musique pop, d’ailleurs. Sauf que plus simpliste que ça, tu fais de la musique à numéros.

Country générique

En fait, c’est justement de la country un tantinet générique que propose Sutherland. Rien d’imbuvable, loin de là. L’univers est maîtrisé (solitude, amours, grands espaces et alcool en quantité industrielle), mais il est d’une prévisibilité monstre. Reckless & Me, par exemple, pourrait servir dans une publicité de camions Ford, de Jack Daniel’s ou de Budweiser. Cela dit, si la proposition n’a rien d’original, elle a le mérite d’être efficace.

Sutherland n’est pas une bête de scène, mais il se donne cœur, corps et âme. Et l’acteur arrive à point nommé quand vient le temps de faire des liens où à mettre les chansons en contexte.

« Même si j’enregistre depuis peu, je compose depuis une quinzaine d’années. Quand on a enregistré la prochaine que je vais vous interpréter [Can’t Stay Away], les techniciens m’ont demandé de quelle fille cette chanson parlait. Je ne leur ai pas dit. Après leur départ, ma fille de huit ans m’a dit : « Moi, je le sais! ».

– Vraiment?

« Ce n’est pas une fille, c’est le bar au coin de la rue. »

This Is How It’s Done est inspirée de la première sortie de Sutherland dans un bar à l’âge de 15 ou 16 ans : la bagarre entre deux types, les filles, le juke-box, tout ce dont il parle est authentique.

« Pour la plupart des gens, si une telle chose survient lors de ton premier passage dans un bar, tu n’y retournes pas. Pour moi, c’est comme si le cirque était arrivé en ville. »

À écouter l’acteur-chanteur révéler son passé, on comprend mieux l’arrestation pour conduite en état d’ivresse en 2007 et quelques petits écarts de conduite, ici et là. D’ailleurs, il a trinqué deux fois à notre santé, sans compter le shooter qui lui a été offert par un spectateur installé devant son micro.

Merle et Tom

Sutherland parle avec émotion des personnes qui l’ont inspiré, comme le légendaire Merle Haggard avec lequel il a partagé l’affiche pour quelques spectacles avant son décès en 2016 et de Tom Petty, son auteur-compositeur favori. Nous avons donc eu droit à The Bottle Let Me Down du premier et à Honey Bee (un choix intéressant) du second. De bonnes interprétations dans les deux cas.

Le chanteur peut même être mordant. S’éloignant de la country de base, il frappe fort avec All She Wrote, plus hard rock que country, Down in the Hole et Rebel Winds, composée récemment en Alabama. Et il nous explique à quel point sa chanson de clôture, Knockin’ on Heaven’s Door, est bien plus qu’un titre majeur du répertoire de Dylan pour lui.

« Mes parents venaient de se séparer. J’avais quatre ans. Avec ma sœur jumelle Rachel, nous avons été laissés sans supervision pendant six mois… avec mon père. Les ballades dans la Ferrari 1962 avec cette chanson… De beaux souvenirs. »

Visiblement, Sutherland a un plaisir fou avec son nouveau statut d’artiste country. Et ça tombe drôlement bien. Car si Kiefer, le chanteur, est actuellement en tournée, Kiefer, l’acteur, est au chômage.

Quelques heures avant que Sutherland ne monte sur la scène du Club Soda, le réseau américain ABC a annoncé que la série Designated Survivor était annulée en vue de la rentrée télévisuelle d’automne.

Qui sait? Ça pourrait mener à d’intéressantes nouvelles chansons, ça.

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